Comment les pouvoirs publics peuvent économiser des ressources financières et de l’énergie grise dans les bâtiments (scolaires)

Les constructions de remplacement présentent des avantages par rapport aux rénovations : pas de bricolage, une structure du bâtiment neuve et conforme à la législation ainsi qu’un entretien plus efficace. Mais ce n’est pas seulement du patrimoine culturel qui disparaît ; les nouvelles constructions nécessitent beaucoup d’énergie grise et de capital – donc, pour les bâtiments publics, de l’argent des contribuables.

Outre la Confédération, les cantons et les entreprises, les communes s’engagent désormais elles aussi de plus en plus sur la trajectoire de réduction du CO₂ afin d’atteindre les objectifs de zéro net d’ici 2050 (voire obligatoirement d’ici 2040 pour la Confédération et les cantons). Une partie de la stratégie de durabilité consiste à utiliser les ressources avec parcimonie ; outre l’énergie et les matériaux de construction, cela concerne également les finances. Pour les maîtres d’ouvrage qui investissent des fonds publics dans des projets de construction, une gestion économe de ces ressources est particulièrement essentielle. Trop souvent, par manque de connaissance des conséquences dans une perspective globale de durabilité, on opte pour une construction de remplacement. Voici un exemple qui montre qu’il est possible de procéder autrement :

La commune unifiée dispose de bâtiments scolaires datant des années 60, 70 et 90, qui nécessitent une rénovation. Afin de pouvoir mettre en œuvre des modèles scolaires tournés vers l’avenir, il convient de mettre à disposition des surfaces scolaires manquantes et adaptées aux exigences pédagogiques.

Dans le cadre des premières analyses, les deux variantes – construction de remplacement respectivement rénovation complète avec extension – ont été comparées, la construction de remplacement étant clairement privilégiée. Afin d’examiner de manière critique les arguments et d’assurer la direction/accompagnement de la planification jusqu’au concours, une experte externe disposant de compétences techniques et spécialisées a été mandatée. Outre l’expérience en matière d’exigences et de processus de construction, des connaissances en organisation, exploitation et pédagogie devaient également étayer la décision en faveur d’un projet d’avenir.

Lors de la première visite, il a été possible d’attester au bâtiment existant une grande qualité d’utilisation du point de vue opérationnel et pédagogique. Cette observation est souvent faite dans le cadre des audits SSREI : les bâtiments construits jusque dans les années 70 du siècle dernier présentent souvent des plans bien utilisables et une grande qualité d’usage. De manière surprenante, ces bâtiments peuvent être utilisés de manière flexible (réaffectés) et adaptés facilement, grâce à l’éclairage naturel provenant généralement de deux côtés ainsi qu’à la disposition des pièces, qui empêche les conflits d’usage. Les surfaces de circulation disposent souvent de zones utilisables en commun, éclairées naturellement et favorisant les rencontres informelles. Les exigences en matière de sécurité concernant la statique et les séismes, la protection incendie, l’accessibilité, etc. peuvent généralement être satisfaites avec des efforts raisonnables.

Retour à la commune : en raison des qualités inattendues du bâtiment existant, des analyses approfondies supplémentaires ont été déclenchées :

  • Analyse de l’état (besoins d’entretien et de remise en état)
  • Analyse de la structure porteuse (statique et séismes)
  • Expertise en protection incendie
  • Évaluation de l’accessibilité
  • Expertise des substances nocives
  • Analyse du cycle de vie pour les variantes :
    o Rénovation complète et extension
    o Construction de remplacement en construction massive
    o Construction de remplacement en construction bois

Les expertises spécialisées ont défini les mesures nécessaires en cas de rénovation et estimé les coûts, ce qui a permis de calculer les variantes également du point de vue de leurs impacts financiers.

Sans grande surprise, les résultats suivants ont été obtenus, sur la base desquels la commune a clairement opté pour la stratégie de rénovation et d’extension :

  • Les émissions d’énergie et de gaz à effet de serre liées à la construction et à l’exploitation sur l’ensemble du cycle de vie auraient été presque deux fois plus élevées pour des constructions de remplacement en construction massive que pour des rénovations complètes avec de petites adaptations d’usage dans le bâtiment existant (par ex. démolition d’installations ajoutées ultérieurement). La variante « construction bois » ne réduit la valeur de la variante « construction massive » que de 4,6 %.
  • Les constructions de remplacement auraient été presque deux fois plus coûteuses que les rénovations complètes et les remises en état du bâtiment existant (y compris amélioration énergétique, protection incendie, accessibilité, structure porteuse et statique, substances nocives ainsi qu’adaptations d’usage).

Cet exemple montre que, pour une stratégie immobilière économe, les étapes suivantes sont indispensables :

  • Définir le segment d’utilisation (envisager également des changements d’affectation)
  • Formuler les exigences d’utilisation (organisationnelles et opérationnelles)
  • Analyser de manière approfondie la technique du bâtiment existant
  • Évaluer le potentiel de densification (extensions et surélévations)
  • Définir les mesures de construction sur la base des exigences d’utilisation
  • Réaliser une analyse du cycle de vie
  • Estimer les coûts (selon la phase de planification avec une précision de +/- 30 % à +/- 10 %)
  • Analyse de la valeur d’utilité avec une pondération équivalente des critères sociaux, économiques et environnementaux

En résumé : si une analyse du bâtiment existant axée sur l’usage, tenant compte du potentiel de développement, laisse présager une forte valeur d’utilité, des analyses approfondies supplémentaires valent la peine avant de faire intervenir la pelle mécanique de manière précipitée – pour les usagers, le porte-monnaie et l’environnement.

Autrice : Katharina Lenggenhager, propriétaire de Schulraumentwicklung.ch. Elle est auditrice SSREI et participe activement au (dé)veloppement du SSREI.

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